La Cour de cassation écarte le statut de simple hébergeur pour Airbnb en cas de sous-location illicite

La Cour de cassation écarte le statut de simple hébergeur pour Airbnb en cas de sous-location illicite

Publié le : 03/06/2026 03 juin juin 06 2026

Le cadre légal de la sous-location et le statut d'hébergeur internet

Un locataire ne dispose du droit de sous-louer son logement qu'à la condition stricte d'obtenir l'autorisation écrite de son bailleur, conformément à la loi du 6 juillet 1989. Parallèlement, la loi pour la confiance dans l'économie numérique du 21 juin 2004 prévoit qu'un hébergeur internet n'est pas civilement responsable des informations stockées par ses utilisateurs, sauf s'il a eu connaissance de leur caractère illicite et n'a pas agi promptement pour en rendre l'accès impossible. Le nœud juridique de ces affaires consistait à déterminer si la plateforme Airbnb pouvait se prévaloir de ce statut protecteur d'hébergeur lorsqu'un client utilise ses services pour une sous-location interdite.

La qualification du rôle actif de la plateforme Airbnb

L'absence de neutralité technique

Dans deux affaires distinctes, des locataires sous-louaient illégalement leur appartement en recourant à Airbnb, poussant les propriétaires à réclamer en justice la restitution des sommes perçues, tant aux locataires qu'à la plateforme. Se basant sur la jurisprudence de la Cour de justice de l'Union européenne, la Cour de cassation rappelle qu'un simple hébergeur doit se limiter à fournir de façon neutre un service purement technique et automatique de stockage, sans aucun rôle actif dans le traitement des données. Or, la Haute juridiction relève qu'Airbnb s'immisce activement dans la relation entre hôtes et voyageurs. La plateforme impose en effet le respect d'un ensemble de règles lors de la publication de l'annonce ou de la transaction, vérifie leur application, et influence le comportement des utilisateurs en promouvant certaines offres via l'attribution du statut de "superhost".

L'analyse des arrêts de la Cour de cassation du 7 janvier 2026

Conséquence de cette immixtion, Airbnb perd sa neutralité d'intermédiaire. Dans la première affaire (n° 23-22.723), la Cour de cassation censure l'arrêt de la cour d'appel d'Aix-en-Provence qui avait reconnu à tort la qualité d'hébergeur internet à la plateforme sans vérifier si ses caractéristiques ne démontraient pas un rôle actif. Dans la seconde affaire (n° 24-13.163), la cour d'appel de Paris a été approuvée pour avoir justement déduit ce rôle actif de la plateforme. Néanmoins, cet arrêt a été partiellement cassé sur la question de l'indemnisation financière. La Cour de cassation a reproché aux juges d'appel d'avoir indemnisé la propriétaire sur la base d'un gain manqué lié aux loyers touristiques potentiels, alors que la demande portait strictement sur la restitution des fruits civils, c'est-à-dire les sous-loyers perçus illicitement au titre du droit de propriété.

Perspectives et évolution de la réglementation

Suite à ces décisions jurisprudentielles, le gouvernement a réagi par le biais d'une réponse ministérielle publiée le 27 janvier 2026. L'exécutif indique que ces arrêts ont vocation à responsabiliser les plateformes. Il précise également qu'une évolution de la réglementation est actuellement à l'étude pour mieux faire respecter le droit de propriété et lutter contre les squats ainsi que les impayés, considérant qu'il s'agit d'une des solutions face à la crise de l'investissement locatif.

 

Source : Defrénois Flash N 4 2026.

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